09.02.2010

Autre lieu, autre ambiance

 
Une rentrée plus tard et quelques centaines de mètres plus loin, ma nouvelle école est en vue.  C'est une construction de briques rouges au charme un peu désuet. Quelques marches conduisent à une verrière, et l'on entre dans des classes spacieuses et généreusement éclairées.
Première réunion, nous faisons connaissance. Les collègues sont tous affectés à l'école depuis plusieurs années ; chacun connaît déjà sa classe : pour moi, ce sera celle qui reste vacante,un Cours Préparatoire,et j'en suis ravie. Au cours de la première réunion le puzzle se met vite en place pour l'année ; l'organisation existe déjà, quelques points que de nouvelles directives sont venues bouleverser trouvent une solution sous la houlette d'un directeur débonnaire. Il n'a pas suivi de cours de management, mais le simple bon sens lui dicte de mettre de l'huile et non du sable dans les rouages. Dans le secret de son bureau, des parents souhaitent que leur enfant soit avec tel maître ou telle maîtresse ? ... il s'arrange pour leur donner satisfaction. Je suis un peu étonnée mais la méthode est efficace dans le cadre d'une harmonie bien comprise.
La réunion se termine par « un pot » où l'on se raconte. L'un parle de sa retraite prochaine, l'autre de ses petits enfants, superbes, comme en attestent les photos. L'un raconte un voyage, une autre ses vacances ratées, mais alors ratées, vous n'imaginez même pas à quel point ! un vrai temps de chien, et en Espagne encore ! Bien la peine d'aller si loin pour ne pas être plus bronzée... Promis, juré, c'est la dernière année.
 Discussions, papotage : la parole est libre, le rire aussi. Tout un programme.

02.02.2010

Une page se tourne

Une vraie indigestion ces plats de couleuvres servis avec obstination : merci pour le festin, j'abandonne le banquet.
Pendant l'année scolaire, j'ai cherché au jour le jour à évacuer le stress et j' ai résisté comme j'ai pu.
J'ai parlé, parlé, et l'écoute était là. J'ai passé de longues heures devant un feu dans la cheminée.
Et j'ai aussi tricoté, tricoté (très bien le tricot), des pulls, des vestes,des écharpes : créations artistiques, je ne sais pas.
Ce qui est certain, c'est que de façon maniaque, je pouvais faire un ruban autour de la terre, ou préparer un patchwork pour habiller la maison.

Je laisse derrière moi un individu sinistre avec ses petits arrangements, ses machinations, son cynisme, ses intrigues et ses compromissions. Je n'ai pas pu poser mon fardeau en bloc : j'ai besoin de raconter mon histoire... jusqu'au jour où l'on m'assure qu'il n'y a pas de quoi fouetter un chat.

Les vacances, je ne les ai jamais tant attendues, et je m'y suis plongée avec délices.
Retour aux sources dans les Monts d'Arrée qui sont là, apaisants et rassurants.
Des promenades dans les chemins et les marais : des bols d'air partout !
Ici, tout est sauvage : ça existe un monde dit civilisé, policé ?

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27.01.2010

Un parangon de muflerie

Aucune éclaircie à l'horizon, les relations se tendent, la communication est en panne, et, pour obtenir un semblant de coordination dans le travail, Monsieur Imboire en est réduit à recevoir les collègues individuellement. Mon avis, n'ayant plus aucune importance, je ne suis pas invitée à cette mascarade.

Vient le moment d'effectuer les démarches pour choisir un nouveau poste et sortir de la boue du marigot. Je lui fais savoir que je quitte l'école à la prochaine rentrée: il cache mal sa joie, trouve l'idée très raisonnable, et m'assure que ce sera mieux pour tout le monde. Je pense tout haut que ce sera surtout beaucoup mieux pour moi : ailleurs, je ne le verrai plus, mais lui se verra encore.

Quelque temps plus tard, je reçois la visite de l' Inspecteur. C'est rituel mais toujours désagréable de s'offrir en spectacle avec toute sa classe. Certains enfants sont des acteurs nés et ne manquent ni d'imagination, ni de talent, pour attirer l'attention. Ce jour-là, un petit garçon a beaucoup fait pour distraire le public et mettre ma patience à rude épreuve. Peine perdue en ce qui concerne mon invité du jour qui n'a pas bougé un cil. L'essentiel porte sur une « leçon » de lecture que l'inspecteur suit au fond de la classe sans manifester ni ennui, ni enthousiasme. Fin des réjouissances : il me salue et repart comme il était venu.

Après-midi, Monsieur Imboire franchit la porte et affiche un sourire éclatant. Le temps de me poser quelques interrogations, je croule sous une pluie d'éloges. De tout ce qu'il peut dire, je n'entends que des bribes de phrases.(j'avais perdu l'habitude de l'écouter)  - L'inspecteur est satisfait ... et même très satisfait... justement... la méthode... actuellement...ravi...le travail mis en place... Tant mieux si je suis dans l'air du temps. C'est bien la première fois que ça m'arrive : mon petit quart d'heure de célébrité en somme comme dit Andy Warhol . J'ai devant moi la veulerie personnifiée.

- Vous n'allez pas quitter l'école ? Il faut rester avec nous. Réfléchissez ! Ici tout le monde vous apprécie. ( ! ) Pensez aux enfants ! Je vous promets de ne plus être désagréable...

Je l'ai laissé parler ...seul, ce jour-là et les jours suivants. A la rentrée je ne serai plus là.

 

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18.01.2010

Courage, fuyons!

Le parcours de Monsieur Imboire n'est pavé d'aucune bonne intention. Le voici dans un recoin, en haut de l'escalier, pour s'assurer de la bonne marche de mes élèves, bien en rang et dans le calme. Dans la classe il fait irruption de plus en plus souvent sous mille et un prétextes : un document que je ne lui ai pas rendu (alors que je ne l'ai jamais reçu ) ou une liste de fournitures que je ne lui ai pas transmise (alors qu'il ne me l'a jamais demandée). Je suis tenue à l'écart de toute information.

Un matin, en entrant dans la classe, je découvre deux bouteilles de bière vides. Une main innocente les a placées là, c'est évident! Et cette fois mon système de défense sera l'attaque.

- Vous pouvez me dire d'où viennent ces bouteilles, et ce qu'elles font dans ma classe ?
- Je n'en sais rien ! (ça manque d'assurance)
- Je vous les remets et vous les conseille en décoration !

J'ai dû arriver trop tôt ce jour-là. J'imagine qu'il avait prévu de les trouver avant moi et d'en tirer le meilleur parti pour son dossier diabolique. Je supporte difficilement cette longue suite de jours où je suis sûre de trouver quelque nouvelle tracasserie. A l'école, j'ai l'appui de mes collègues qui cherchent « une solution à la crise »

Mais les recours n'existent pas contre ces petits faits insignifiants ou presque. Le SNI  (Syndicat National des Instituteurs), appelé au secours, se déclare impuissant puisqu'il n'y a pas eu « commencement d'exécution .» (!) Et la vie continue. Je ne suis pas au bout de mes étonnements. Un matin, le re-voilà au milieu de la classe.

- Vous êtes toujours là ?
- Et où voulez-vous que je sois ?
- Je pensais qu'à la longue, vous auriez fini par démissionner.
- Je regrette de vous décevoir, mais c'est une satisfaction que vous n'aurez certainement pas !

En réalité je suis moins brave, et je ne sais jusqu'où ira ma résistance. A la maison je peux parler, parler et m'épancher. Mon mari et mes enfants m'apportent leur attention et leur soutien. La seule décision qui s'impose : demander mon changement d'école pour la rentrée suivante.

J'ai réussi à faire face. Je n'ai pas fait de dépression. Je n'ai pas démissionné. Et je n'ai jamais su que j'étais victime de harcèlement : on n'en parlait pas encore.

 

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05.01.2010

Clameur de haro

(Monsieur Imboire : le retour)

A midi j'ai la chance de pouvoir rentrer à la maison : un moment de détente idéal que je passe en compagnie de mon chien auquel je raconte les péripéties de la matinée. Avant de le quitter, je me confie :

-  Tu as de la chance d'être chien chez nous ,tu n'imagines pas l'ambiance à l'école!

Il penche la tête et me paraît très compréhensif. Cet après-midi-là, je suis accueillie avec les honneurs...

- Ha! Ha! Un de vos élèves est rentré à la maison à midi au lieu de rester à la cantine.

- ? ? ?

- C'est une faute professionnelle.
- Est-ce qu'il est revenu à l'école ?

-Oui. Heureusement pour vous !

-Je ne vois aucune erreur de ma part, j'ai laissé le groupe d'enfants inscrits à la cantine dans la cour de l'école comme tous les autres jours.

-Votre responsabilité est en cause.

Habitué du verbe haut et de l'attitude guerrière,il finit par attirer l'attention.

Un groupe se forme et le collègue de service à l'interclasse intervient pour lui faire remarquer que, de nous deux, c'est lui qui est concerné.

Mais pour Monsieur Imboire, il est transparent et inaudible: l'enfant est revenu à l'école, les parents ne portent pas plainte, mon collègue assume la responsabilité de l'incident. Donc, je suis coupable !

L' Inspecteur, averti dans les meilleurs délais, ne semble pas vouloir ouvrir une enquête.Les collègues m'apportent un soutien criant et insupportable. Les parents d'élèves ne me montrent pas la direction du cachot...

C'est dans ce contexte de décadence pour Sa Seigneurie, que Monsieur Imboire redouble d'imagination et de persévérance pour me pousser vers la faute ou vers la sortie.

04.01.2010

Bonne Année

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07.10.2009

Sa Petitesse

Nouvelle rentrée scolaire.
Notre toute jeune école prend de l'importance, plus d'enfants inscrits, plus d'enseignants et Monsieur Imboire qui prend de la hauteur.
Pendant les vacances il a contacté un chef d'entreprise pour apprendre à gérer le personnel. Il se cherche de nouveaux amis : médecins, professeurs, pharmaciens, membres éminents de la politique local représentés par des conseillers municipaux.

Un collègue entre dans notre équipe, une collègue aussi qui a la mauvaise idée d'avoir une santé fragile. Il lui arrive de s'absenter à plusieurs reprises. Et ces absences ont le pouvoir d'exaspérer Monsieur Imboire pour qui la maladie n'est pas un état dont on se passerait bien mais une tare.  Il faut donc supprimer la tare ou éliminer celle qui la porte. Il entre en campagne et demande à chaque collègue ce qu'il en pense. La question est habilement posée avec de nombreuses circonvolutions mais il faut entendre «  comment faire pour virer cette personne ».

Nous sommes tous effarés par sa démarche et nos réponses sont identiques : «  Notre collègue est malade, elle est en congé et vous a fourni un certificat médical, c'est un état de fait contre lequel vous ne pouvez rien. »
Et la situation semble s'apaiser. C'est compter sans la mise en marche de son imagination ou la fréquentation d'un PDG en mal de conseils judicieux.

Pendant un des congés de notre collègue, il l'a « convoque » à l'école sous le prétexte de lui remettre un document personnel et urgent et lui demande de venir le prendre à l'école... en dehors des heures de sorties légales.
Le piège est en place, notre collègue arrive, il suffit de faire remarquer à l'inspecteur dont les bureaux sont dans nos murs, que sa maladie doit être bien imaginaire puisqu'elle se promène. Et le tour est joué ! Les justifications qu'elle a pu apporter par la suite n'ont jamais atténué le mal qui était fait.