30.04.2010
Mots de parents
Tout au long de l'année les parents s'invitent à l'école,le soir après la classe, de manière impromptue et informelle. Ce sont des rencontres individuelles où ils souhaitent parler de leur enfant, de ses progrès ou de ses difficultés, de son comportement et des méthodes employées qui parfois les déroutent. Mais ce sont aussi des entretiens à bâtons rompus assez éloignés des sujets purement scolaires.
Les questions posées n'attendent pas toujours une réponse, ce qui simplifie mon engagement.
-Je voudrais savoir si mon fils est sage en classe et et s'il travaille bien.
-Il est appliqué et obtient de bons résultats.
Ce début de conversation assez typique entraîne des suites diverses, et je peux entendre:
-Pourtant, à la maison ça ne va pas du tout vous savez, il est insupportable, n'hésitez pas à le punir, il le mérite bien. (le diagnostic était fait d'avance et le remède déjà prescrit)
ou bien,on peut m'assurer :
-C'est normal, je le fais travailler tous les soirs pendant plus d'une heure. Il sait presque ses tables d'additions et de multiplications : ça lui fera gagner du temps. (pan sur le bec ! Au C.P. on n'en demande pas tant, mais que valent mes objections face à ces certitudes? )
Une maman à qui j'assure que tout va bien, que sa petite fille est une très bonne élève, me présente la même question sous toutes les formes possibles jusqu'à ce que nous arrivions à la conclusion que les résultats sont excellents, que tout est mieux que mieux et peut-être même plus.
Des parents viennent, malheureux de certains dysfonctionnements dans les apprentissages, m'apporter des éléments d'explication : leur travail, les transports, les retours tardifs à la maison. Toute une culpabilité : ils se confient et attendent beaucoup de l'Ecole.
D'autres moments sont plus souriants. Un père d'élève vient un jour me voir, embarrassé et un peu inquiet. Le nom des personnages des textes de lecture lui paraissent très barbares. Quelle drôle d'idée de proposer ces mots bizarres aux enfants ! Je le rassure. Sikitti la petite souris et son copain Banamba l'éléphant font l'unanimité dans la classe et n'empêcheront personne d'apprendre à lire. Quant au Prince de Motordu, sa facétie lui vaut de nombreux adeptes.
Convaincu ? Pas sûr ! Il faudra se retrouver à la fin de l'année...pour voir.

07:30 Publié dans Enseignement | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
12.04.2010
Dialogue
Pas d'enfants sans parents...
Présents, attentionnés souvent, fantasques parfois, leurs relations avec l'école et les enseignants sont en général conviviales, et il n'a pas fallu attendre l'instauration de réunions ponctuelles pour les rencontrer. Mais depuis que ces rencontres officielles existent , l'ambiance a pu changer. Au début de l'année, il s'agit de présenter la salle de classe, la place occupée par les enfants, d'effectuer un petit rappel du règlement scolaire, de donner le contenu des programmes et d'indiquer globalement les méthodes d'apprentissage utilisées.
Ce jour-là, dès l'entrée en classe, un de mes « invités » promène sur les lieux un regard fureteur, soupçonneux et sans aménité : je crains le pire. Le tableau noir (ou vert) est sa première cible,une véritable aberration d'après lui. Là, je suis tout à fait d'accord : le mien est un rectangle de mur peint encadré d'une jolie baguette de bois. (ça existe déjà la déco).Mais le problème n'est pas là, il s'agit de son inutilité puisque dans l' Antiquité on savait s'en passer. Bon ! Voyons la suite : ses suggestions ne manquent pas.
-Comment se fait-il que les enfants écrivent au crayon à bille alors que l'encre et le porte-plume sont nettement préférables .
-Je vous accorde le plaisir des pleins, des déliés et des pâtés qui leur sont associés, mais on n'arrête pas le progrès.
-Et les tables! Vous pourriez les faire enlever et les élèves s'installeraient par terre comme ... autrefois.
-Je vous laisse imaginer le confort des enfants assis à même le sol, armés d'un porte-plume, un encrier à proximité.
-C'est à l' Education nationale de résoudre tous ces problèmes.
Il commence à s'énerver, les autres personnes donnent des signes d'impatience et je fais un effort de civilité pour lui faire remarquer (avec délicatesse) qu'il a du se tromper de tribune et qu'il ferait bien de porter ses doléances dans d'autres réunions. A mon corps défendant je mets les rieurs de mon côté et je le vois disparaître sans un mot.
Les discussions qui suivront seront plus cohérentes.

14:11 Publié dans Enseignement | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
24.03.2010
Allegro
C'est la rentrée des classes. Au C.P., l'heure est grave, le moment solennel, la journée inquiétante, l'avenir incertain. Angoisses d'adultes soigneusement distillées pour faire peur aux petits enfants. Les parents ont un pincement au cœur pour les plus braves d'entre eux, d'autres sont inquiets, bouleversés, tourneboulés.
Tout le monde attend dans la cour que la sonnerie annonce la séparation. Que deviendront ces chérubins quand, tout à l'heure ils seront livrés à leurs instituteurs? Comme les pingouins, le père ou la mère couve son petit jusqu'au moment fatidique. Ils s'arrêteront au seuil de la classe juste à temps pour ne pas provoquer les larmes dans un grand élan de désespoir familial.
La sonnerie retentit : les enfants découvrent leur lieu de vie pour l'année scolaire, une salle de classe pas si terrifiante. Nous nous asseyons « en rond »pour parler ensemble et faire connaissance, et je ne vois pas sortir les mouchoirs.
Vient le moment de choisir sa place : les uns se précipitent vers les tables du fond avec le secret espoir de ne pas y être trop souvent dérangés, d'autres s'installent à la première place venue, et les plus hésitants restent encore debout avant de se décider.
Voilà un bel ordonnancement où les affinités aux motivations diverses ont créé des rapprochements: les grands bavards se retrouvent, les amateurs de bons tours aussi ; les gourmands s'échangent des carambars sous la table, et d'autres se confient des secrets.
On peut aussi être très amoureux, c'est le cas d'une petite fille et de son copain qui ne se quittent plus depuis l'âge de deux ans et resteront unis dans l'apprentissage de la lecture.
Ce jour-là, je repère deux « gros bras » qui commencent un combat de boxe : à séparer d'urgence. Placés à bonne distance l'un de l'autre, ils s'interpellent bruyamment:
- Tu sais Maîtresse, c'était déjà comme ça l'année dernière !
C'est vrai qu'ils sont bien entraînés. Sur le mode « qui gouverne ici ? » il faudra arrêter ce combat des chefs.

15:33 Publié dans Enseignement | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : enseignement, cours préparatoire, souvenirs
08.03.2010
"Zénitude"
Après quelques échanges en entrant en classe pour préparer la journée, la « leçon de lecture » peut commencer. Exercice quotidien, et pourtant toutes les séquences ne se ressemblent pas.
La pédagogie et l'expérience nous enseignent que, pour faciliter l'apprentissage, il faut capter l'attention des élèves, les faire participer, les impliquer : c'est dit, c'est écrit, c'est joli. Il existe mille et une stratégies pour y parvenir, des techniques multiples pour que l'enfant soit actif, créatif... lecture pour les élèves, sport pour le maître ! Comment ça marche et pourquoi ça ne marche pas tous les jours ?
C. Freinet disait : « On ne peut pas faire boire un cheval qui n'a pas soif. »
Ce jour-là, j'ai un jeune récalcitrant : il n'a pas faim, il n'a pas soif. De mon côté, j'ai dû mal préparer le plat ou rater le service. Une cuillerée pour... j'insiste, j'insiste, au mépris de toute sagesse. La patience m'abandonne, je peste, j'explose, je sors de mes gonds : une vraie tempête. Unique effet positif, je suis seule à m'agiter au milieu de ce petit monde qui se tient coi. Je ne mesure pas le calme; je ne vois pas une petite fille se lever, et, du fond de la classe, s'avancer vers moi. Elle s'approche et me chuchote à l'oreille:
-Maîtresse, quand mon papa se met en colère, ma Mamie lui dit que ça lui raccourcit la vie de dix ans.
Mission accomplie, elle regagne sa place. Le silence... L'orage s'est éloigné.

15:07 Publié dans Enseignement | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
01.03.2010
Voyelles Consonnes
"Ceux qui savent faire font,
ceux qui ne savent pas faire enseignent,
ceux qui ne savent pas enseigner enseignent aux enseignants,
et ceux qui ne savent pas enseigner aux enseignants font de la politique."
Muriel Barbery, "L'élégance du hérisson"
Ceux qui font de la politique se penchent comme des fées sur le sort de l' Enseignement : mais trop souvent on y reconnaît plutôt la griffe de Carabosse que la poudre dorée de la fée Clochette. Ils ne font pas, mais ils savent ! La lecture et l'apprentissage de la lecture sont leurs sujets de prédilection. Bousculer, bouleverser, casser, recoller, avec l'espoir de se faire un nom .
Il est vrai que la bonne vieille « méthode Boscher » qui a encore ses nostalgiques, et qui n'a sans doute pas empêché des générations entières d'apprendre à lire, a besoin d'être revue, corrigée ou remplacée. Un peu monotone et désincarnée, elle n'est pas très engageante, et quand on lit « la pipe à papa pue » , on s'éloigne de Verlaine ou de Victor Hugo. Vive les découvertes! Voici la « méthode globale » qui, comme les maths modernes laissent pantois bon nombre d'enseignants. C'est le grand chambardement: sans repères on navigue à vue. Qu'à cela ne tienne, mettons-la au panier. La méthode mixte alors ? Pourquoi pas ? Elle semble avoir les avantages des deux autres et rencontre de nombreux adeptes jusqu'au jour où...
Les périodes se succèdent avec leurs fantaisies: attention, plus de syllabes écrites au tableau. Même sous forme de jeux (et les jeux sont multiples), c'est une hérésie. La lecture à voix haute paraît tout à fait logique pour suivre au plus près les progrès des élèves. Pas si sûr. Un enfant lit « béret » quand il voit « chapeau », c'est parfait pour certains esprits chercheurs. Ouf ! C'est vrai qu'il n'est pas passé loin. D'une nouveauté à l'autre, la lecture silencieuse. Une bizarrerie difficile à appliquer au C P pour des raisons diverses.
Descendante des Gaulois, j'ai tout mis dans un chaudron avec quelques grains d'ellébore et, pour me rassurer , j'ai bu la potion magique.

18:16 | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : enseignement
22.02.2010
Logique
« Deux et deux quatre
Quatre et quatre huit
Huit et huit seize
Répétez ! dit le maître... »
C'était au bon temps de l'Oiseau Lyre et de l'arithmétique avec ses quatre opérations traditionnelles.
Arrivent les « maths modernes » dont on dira plus tard que c'était une belle idée et une lourde erreur pédagogique. Désormais on commencera par la théorie des ensembles et les bases autres que la base 10 habituellement utilisée.
Le but à atteindre : développer l'esprit logique et la faculté d'abstraction des élèves. La réforme est lancée dare-dare par des chercheurs sans avoir été expérimentée, les inspecteurs sont priés de mettre en place des stages, tous les enseignants ne peuvent en bénéficier, ils pataugent avec beaucoup de bonne volonté, et les enfants pâtissent de l'amateurisme. Les maîtres n'y comprennent donc pas grand chose et les parents... n'y comprennent rien.
Où est l'arithmétique de leur enfance ? Ah! Les additions et leurs retenues, les divisions, les multiplications et leurs tables, les soustractions périlleuses, le calcul mental acrobatique, les trains qui se croisent, les cyclistes qui se poursuivent, les robinets qui coulent et les baignoires qui fuient...
Balayé l'arithmétique! : « les notions de mathématiques ne s'apprennent mais s'acquièrent ». Ha! Ha!, il faudra devenir moderne et s'intéresser de plus près aux patates. L'appréhension et même l'angoisse parcourent un partie du monde enseignant. Par chance, j'ai dans ma classe une petite fille dont le père est professeur à l' E. N. de Créteil ( Ecole Normale d' Instituteurs). Il se propose de venir à l'école pour assurer la formation des trois collègues que nous sommes au CP . Nous le retrouverons de nombreuses fois le soir après la classe : merci pour ses compétences, sa bienveillance et son bénévolat. Tout s'éclaire, à ce niveau c'est très ludique, nous entrons dans le jeu et nous comprenons le chemin à parcourir.
Il reste à mettre en pratique ce nouveau savoir. Les enfants sont assis au sol et je m'installe sur une petite chaise (genre école maternelle). Au centre du cercle une situation mathématique avec des blocs logiques. Le problème est posé, et, « l'élève étant au centre de son propre savoir », chacun se concentre pour trouver la solution. Ce jour-là, après de nombreuses propositions, tout semble bloqué. Le code que nous avons mis en place prévoit que je peux aussi intervenir, et, surprise, ça marche! Une petite fille réfléchit un instant avant de me dire:
- Tu aurais pu nous dire ça plus tôt, on aurait gagné du temps !
Logique. C' est bien ce qu'on cherchait, non ?

15:39 Publié dans Enseignement | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : logique, enseignement, mathématiques modernes, cp
15.02.2010
Après l'orage
Cette école n'est pas une annexe du « Club Med », même si j'ai l'impression d'y prolonger mes vacances. Evidemment ça ne fait pas très sérieux ! Et pourtant... Partir le matin avec le sourire et rentrer chez soi à midi sans tenir à son chien des propos chagrins ou philosophiques, c'est un grand pas vers un apaisement et une douceur de vivre.
Mon travail est le même, mes journées sont bien remplies auprès des enfants, mais ici, j'échappe au poids de l'atmosphère. C'est justement ce qui change tout: « atmosphère, atmosphère...! » Un environnement favorable, un stress qui petit à petit s' évacue: j'espère finir par me ressembler. Mais il me faudra encore beaucoup de temps pour ne pas trouver aux mots un sens qu'ils n'ont pas.
Comme dans tous les groupes, il y a des discussions, des tensions, des hoquets. Je suis proche de deux collègues au caractère bien trempé qui en cas de désaccord majeur argumentent à grand bruit, et il m'est arrivé d'assister à l'incendie sans avoir repéré l'étincelle. Mais le lendemain chacun renaît de ses cendres. La vraie vie en somme, des frictions qui ne mettent pas en péril les bonnes conditions pour vivre ensemble.
Au fil des ans je verrai arriver des transfuges qui, comme moi, n'ont pas supporté le même directeur irascible. Nous avons trouvé un havre dans cette école qui ne fait pas parler d'elle.
Et pourtant, elle tourne.

10:01 Publié dans Enseignement | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : école, enseignement









